Pendant longtemps, le deuil périnatal est resté un sujet presque invisible dans l’espace public. La perte d’un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou dans les premiers jours de vie était souvent abordée sous un angle essentiellement médical, avec peu de place laissée au vécu émotionnel des familles.
Aujourd’hui, les choses évoluent progressivement. Des parents témoignent davantage, des associations prennent la parole, certains professionnels se forment et les réseaux sociaux permettent de rendre visibles des réalités longtemps tues. Pourtant, malgré ces avancées, le deuil périnatal reste encore mal compris. Beaucoup de familles continuent d’évoquer un sentiment de solitude, des maladresses de l’entourage ou encore des difficultés à être reconnues dans leur douleur.
Continuer à parler du deuil périnatal reste donc essentiel. Non pas pour enfermer les familles dans leur souffrance, mais pour mieux les accompagner, faire évoluer les regards et améliorer les pratiques.
Le deuil périnatal : un sujet longtemps passé sous silence
Pendant des années, beaucoup de parents ont traversé cette épreuve dans une grande discrétion. Certaines familles racontent avoir eu le sentiment qu’il fallait rapidement “reprendre une vie normale”, retourner travailler ou éviter de parler du bébé pour “moins souffrir”.
Pourtant, le silence n’efface pas la douleur.
Le manque de sensibilisation autour du deuil périnatal a longtemps eu des conséquences importantes : peu d’espaces de parole, des proches souvent démunis, des professionnels pas toujours formés et parfois une grande solitude au retour à la maison.
Certaines personnes ont également eu l’impression que leur bébé n’était pas réellement reconnu socialement, notamment lors d’un arrêt spontané de grossesse précoce. Or, pour beaucoup de familles, le lien avec leur enfant existait déjà pleinement, bien avant la naissance.
Le deuil périnatal ne concerne pas uniquement une réalité médicale.
Il touche aussi un projet, une attente, une place imaginée dans la famille et un attachement déjà profondément présent.
Des avancées importantes au fil des années
Si la parole autour du deuil périnatal est aujourd’hui plus visible, c’est aussi grâce à plusieurs avancées importantes obtenues au fil du temps.
En 1993, l’article 79-1 du Code civil ouvre progressivement la possibilité d’établir un acte d’enfant sans vie dans certaines situations. Cette évolution marque une étape importante pour les familles souhaitant reconnaître symboliquement l’existence de leur bébé dans leur histoire familiale.
Légifrance – Article 79-1 du Code civil
En 2008, de nouveaux textes viennent faire évoluer les démarches autour de l’état civil des enfants nés sans vie. Pour beaucoup de parents, cette reconnaissance administrative représente une avancée symbolique forte.
Puis, en 2020, la loi visant à accompagner les familles après le décès d’un enfant renforce certains droits liés au deuil familial et améliore la prise en compte de ces situations dans le monde professionnel.
Vie Publique – Loi sur le deuil d’un enfant
Une autre évolution importante intervient en 2021 avec la possibilité pour les parents d’attribuer un nom de famille à un enfant né sans vie.
Vie Publique – Loi du 6 décembre 2021
Plus récemment, la loi du 7 juillet 2023 marque une nouvelle étape dans la reconnaissance des interruptions spontanées de grossesse. Elle prévoit notamment la suppression du délai de carence pour les arrêts maladie liés à un arrêt spontané de grossesse ainsi qu’un meilleur accompagnement psychologique des familles concernées.
Légifrance – Loi du 7 juillet 2023
Ces évolutions montrent une réalité importante : plus le sujet est nommé et reconnu, plus il devient possible de faire évoluer les droits et les pratiques.
Des résultats concrets… mais encore des limites
Ces dernières années, certaines pratiques ont réellement évolué dans plusieurs établissements de santé. Des familles racontent aujourd’hui avoir bénéficié d’une écoute plus humaine, d’un accompagnement psychologique, de la possibilité de créer des souvenirs autour de leur bébé ou encore d’une orientation vers des associations spécialisées.
Les réseaux sociaux ont également joué un rôle majeur dans cette évolution. Voir d’autres parents témoigner permet souvent de réduire le sentiment d’isolement et de mettre des mots sur des émotions parfois difficiles à exprimer. À titre d’exemple, des papas ont pris la parole sur notre page Instagram et cette vidéo a connu un vif succès, preuve qu’il faut libérer la parole.
Mais, malgré ces avancées, les réalités restent encore très inégales.
Certaines familles continuent de raconter des annonces très brutales, un manque d’accompagnement après le retour à domicile ou encore des phrases maladroites qui minimisent leur douleur. Le monde professionnel reste également encore peu sensibilisé au deuil périnatal, alors même que le retour au travail après la perte d’un bébé peut être particulièrement difficile.
Les chiffres rappellent aussi que cette réalité est loin d’être marginale. En France, les décès périnataux concernent chaque année plusieurs milliers de familles.
Santé Publique France
Le deuil périnatal concerne toute la société
On parle souvent des parents, mais le deuil périnatal touche bien plus largement : les coparents, les frères et sœurs, les grands-parents, les proches, les collègues ou encore les professionnels de santé.
C’est aussi pour cette raison qu’il est essentiel de continuer à sensibiliser autour de ce sujet.
Parce qu’un meilleur accompagnement ne repose pas uniquement sur les familles elles-mêmes. Plus les proches, les professionnels et les institutions seront informés, plus les parents endeuillés pourront évoluer dans des environnements capables de les soutenir avec humanité et compréhension.
Le rôle de Zétwal An Syèl en Martinique
Depuis plusieurs années, Zétwal An Syèl agit en Martinique pour accompagner les familles confrontées au deuil périnatal et contribuer à faire évoluer les regards autour de cette réalité.
L’association propose différents espaces adaptés aux besoins des familles. Les “An Ti Kozé” permettent aux proches et aux parents de se retrouver dans un cadre bienveillant pour échanger autour du deuil périnatal. Les mamans peuvent participer à des groupes de parole dédiés, tandis que “L’Apéro des Papas” a été pensé pour offrir aux pères et coparents un espace où leur parole peut aussi exister pleinement.
L’association accompagne également les couples à travers “Doudou, an nou palé”, car la perte d’un bébé peut profondément bouleverser la communication, les émotions et l’équilibre du couple.
Chez Zétwal An Syèl, la sensibilisation passe aussi par l’écoute des enfants. Le livre jeunesse écrit avec plusieurs familles martiniquaises et leurs enfants s’inscrit dans cette volonté de mieux comprendre comment les plus jeunes vivent eux aussi ces situations.
Au-delà des familles, l’association mène également des actions de sensibilisation et de formation auprès des professionnels, des institutions et des dirigeants. Parce qu’un meilleur accompagnement du deuil périnatal passe aussi par une meilleure compréhension collective du sujet.
Continuer à parler pour mieux accompagner demain
Les avancées obtenues ces dernières années sont importantes, mais le travail de sensibilisation doit continuer.
Les familles demandent encore davantage de formation, un meilleur accès au soutien psychologique, une meilleure prise en compte dans le monde professionnel et une harmonisation des pratiques dans les établissements de santé.
Chez Zétwal An Syèl, nous continuerons à porter cette parole à travers nos actions, nos espaces de soutien et nos temps de sensibilisation.
Parce qu’aucune famille ne devrait avoir à traverser la perte d’un bébé dans le silence, l’isolement ou l’incompréhension.

