Quand une famille traverse la perte d’un bébé, les regards se tournent naturellement vers la maman. On pense à sa douleur, à son corps, à son cœur brisé.
Mais à ses côtés, il peut y avoir aussi un papa. Un papa qui souffre lui aussi, même si sa peine est moins visible. Trop souvent, sa douleur reste dans l’ombre, comme si elle avait moins de place. Pourtant, ce bébé était aussi son enfant, son espoir, son rêve.
Les papas, ces piliers qu’on attend solides
Dans beaucoup de familles, en Martinique comme ailleurs, on attend des pères qu’ils soient « forts ». Ils deviennent le soutien de la maman, du foyer, celui qui gère les démarches, celui qui rassure tout le monde. Et bien souvent, ils cachent leurs propres larmes pour ne pas « ajouter » de la douleur. Mais derrière cette façade, leur cœur est meurtri.
Être fort ne veut pas dire ne pas souffrir. Être papa en deuil, c’est aussi traverser un vide immense, parfois dans un silence qui fait mal et une détresse que personne ne perçoit.
Un chagrin qui manque de reconnaissance
De nombreux papas nous confient qu’ils se sentent mis de côté après la perte de leur bébé.
Non pas parce qu’ils ne veulent pas être forts, mais parce qu’autour d’eux, on leur refuse souvent la place qu’ils devraient pouvoir occuper dans ce deuil.
On leur dit parfois :
- « Ce n’est pas toi qui as porté le bébé »
- « Au moins, elle, elle a senti le bébé bouger… »
- « C’est plus difficile pour elle que pour toi. »
- « Tu dois la soutenir avant tout, c’est elle qui a tout vécu. »
Ces phrases, même dites sans méchanceté, blessent. Elles laissent penser que leur douleur n’est pas légitime. Pourtant, leur cœur saigne autant que celui de la maman. Ils se sentent parfois coupables, impuissants, ou tout simplement invisibles. Ce qui est d’autant mis en exergue aux Antilles avec une image bien définie de ce que doit représenter un homme, un père de famille.
Quand le silence isole
Parce qu’ils ne trouvent pas toujours l’espace pour en parler, beaucoup de papas se réfugient dans le travail, dans l’action, dans le silence. Certains s’éloignent sans le vouloir de leur compagne, de leur famille, parce qu’ils ne savent pas comment dire. Et ce silence peut peser lourd, créer des distances, ajouter de la souffrance à la souffrance.
Dans des circonstances déjà autant tragiques, l’isolement de l’un ou l’autre des parents peut être dramatique sur la reconstruction du couple et la perception de l’avenir.
C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons créer des groupes de paroles accessibles aux parents traversant cette épreuve notamment l’Apéro des papas pour les messieurs qui se réunit une fois par trimestre dans un lieu privé, il y a également la possibilité de s’entretenir avec une psychologue à la demande.
Donner une place aux papas
Chez Zetwal an Syel, nous savons que les papas ont autant besoin que les mamans d’être écoutés et entourés. Leur peine doit être reconnue. Ils ont le droit de pleurer, de parler, de se souvenir.

Ils ont, eux aussi, besoin d’entendre :
- « Comment te sens-tu aujourd’hui »
- « Tu as le droit de ressentir de la tristesse »
- « La soutenir ne signifie pas cacher ce que tu ressens »
- « Tu as de le droit d’être mal »
- « La douleur aussi est un état que tu peux partager avec ta compagne »
- « Toi aussi, tu as le droit de dire combien ce bébé comptait pour toi »
Ouvrir des espaces pour les papas, c’est leur permettre de poser des mots, d’alléger un peu le poids du silence. Dans nos rencontres, nous voyons à quel point partager, même juste quelques phrases, peut redonner du souffle et de la force.
Des gestes qui réparent un peu
Certains papas trouvent du réconfort dans des gestes simples, mais profondément symboliques : planter un arbre, comme une manière de donner racine à une vie trop brève ; écrire une lettre à leur bébé, pour lui confier tout ce qu’ils n’ont pas eu le temps de dire ; participer à une cérémonie du souvenir, pour partager leur peine et leur amour au grand jour ; ou encore se tatouer une lettre, un prénom, une date, pour graver sur leur peau ce qu’ils portent déjà dans leur cœur.
Ces rituels, si personnels et uniques, sont des façons d’honorer la présence de leur enfant et de poser des mots sur l’absence.
Ils disent : « Tu as existé et existes toujours dans mon cœur », « Tu fais partie de notre histoire ».
À travers ces gestes, le lien se tisse autrement, au-delà du visible. C’est une manière de continuer la relation, de donner une forme à l’amour et, peu à peu, d’apaiser un cœur meurtri en lui redonnant un espace d’expression et de tendresse.
Ensemble, changeons les regards
En Martinique, nous avons une culture où l’on demande souvent aux hommes de cacher leurs émotions. Mais il est temps de changer cela. Reconnaître la douleur des papas, ce n’est pas diminuer celle des mamans. Au contraire ! C’est permettre à toute la famille de traverser le deuil ensemble, avec plus de douceur et moins de solitude.
Chez Zetwal an Syel, nous croyons profondément que chaque parent mérite que son chagrin soit entendu. Nous voulons ouvrir des espaces où les papas peuvent, eux aussi, déposer leurs larmes, leurs mots, leurs souvenirs.
Parce qu’être papa, c’est aimer. Et quand on aime, la perte fait mal. Alors oui, les papas en deuil existent. Oui, leur douleur compte. Oui, ils ont besoin de nous, de vous, de toute une communauté pour ne pas rester seuls dans ce chemin difficile.
Pour aller plus loin : https://www.instagram.com/zetwalansyel/

