On associe spontanément le deuil périnatal à la sphère familiale, au couple, au foyer, à la vie personnelle. Pourtant, il ne reste pas aux portes de la maison. Il traverse chaque espace de vie, y compris celui où l’on passe une grande partie de notre temps : le travail.
À Zétwal An Syèl, nous rencontrons régulièrement des parents qui témoignent à quel point le retour au travail a été un moment de bascule : entre besoin de retrouver un cadre et difficulté d’affronter le quotidien, entre désir de normalité et sentiment d’étrangeté. Car le monde continue de tourner, alors que, pour eux, tout s’est arrêté.
Quand le deuil s’invite au bureau
Après la perte d’un bébé pendant la grossesse ou peu après la naissance, la reprise professionnelle peut être vécue comme une véritable épreuve.
Le corps est souvent encore marqué, le cœur profondément blessé, et pourtant, les attentes extérieures demeurent : “reprendre le rythme”, “se changer les idées”, “avancer”.
Mais la réalité intérieure est tout autre.
Pour la personne endeuillée, le travail peut devenir :
- Un refuge : un espace structuré où la routine apaise, où chaque tâche vient donner l’illusion d’un contrôle retrouvé ;
- Un lieu de douleur : un environnement où les conversations anodines, les annonces de grossesse, les rires d’enfants sur une photo peuvent réactiver la perte ;
- Un point d’ancrage social : un lieu où l’on cherche discrètement une oreille attentive, un peu d’écoute, un peu d’humanité ;
- Ou, à l’inverse, un espace d’incompréhension, où le silence et la maladresse renforcent l’isolement.
Le choc du décalage
Ce décalage entre le monde intérieur de la personne en deuil et les attentes du monde professionnel peut être immense.
Les collègues ne savent pas toujours quoi dire. Certains préfèrent éviter. D’autres tentent d’aider maladroitement.
Ce qui se joue est souvent invisible : un silence pesant, des regards fuyants, des conversations contournées. Et pourtant, ne pas nommer la douleur, c’est parfois la rendre encore plus lourde à porter.
Un deuil invisible et peu reconnu
Le deuil périnatal fait partie des deuils les moins reconnus dans notre société. Parce qu’il concerne une vie brève, parfois sans trace tangible, il est souvent nié, minimisé, ou passé sous silence.
Dans le monde du travail, cette invisibilité se traduit par :
- Peu ou pas d’aménagements spécifiques,
- Des retours à la normale précipités,
- Des maladresses verbales involontaires (“Tu es jeune, tu en auras un autre…”),
- Ou parfois, une absence totale de reconnaissance de la perte.
Pour la personne concernée, cela peut créer un double traumatisme : la perte elle-même, puis l’impression d’être incomprise, voire effacée.
Une phrase maladroite, un silence prolongé, une tentative de réconfort déplacée peuvent suffire à raviver la blessure.
Reconnaître la douleur, sans la rationaliser ni chercher à “positiver”, est déjà un geste de soutien immense.
Parfois, un simple :
“Je suis désolé·e pour ce que tu traverses. Si tu veux en parler, je suis là.” vaut infiniment plus que des discours réconfortants.
L’importance du collectif : faire du travail un espace de bienveillance
Le travail, c’est souvent le premier lieu de retour à la vie sociale après un deuil. Et cette étape peut être ambivalente : rassurante pour certain(e)s, insurmontable pour d’autres.
Certaines personnes endeuillées souhaitent reprendre vite, pour se sentir vivantes à nouveau, pour “ne pas sombrer”.
D’autres ont besoin de plus de temps, de réaménager leur rythme, de retrouver du sens avant de reprendre.
Souvent, ces deux réalités se croisent au sein d’une même personne : l’envie d’avancer, mais la peur de s’effondrer.
Lors du retour, plusieurs réalités se conjuguent :
- L’attention peut être fluctuante,
- Le stress ou l’anxiété peuvent être amplifiés,
- Les interactions sociales peuvent devenir éprouvantes,
- La fatigue émotionnelle peut impacter la concentration,
- Et les déclencheurs émotionnels peuvent surgir à tout moment.
Une conversation autour d’une grossesse, une baby-shower organisée dans l’équipe, un mail de félicitations collectif…
Autant de situations anodines pour les uns, mais douloureuses pour d’autres.
Créer un environnement qui accueille la vulnérabilité
L’objectif n’est pas de tout censurer ni d’aseptiser la vie d’équipe, mais de cultiver une culture d’attention.
Il s’agit d’offrir un environnement où la parole est possible, où la souffrance est reconnue, où la personne endeuillée se sent libre d’exister, sans être réduite à son drame.
Le travail ne doit pas devenir un lieu de tension supplémentaire. Il peut, au contraire, être un lieu de reconstruction, à condition d’y laisser une place au réel, à l’émotion, au rythme nécessaire.
Un environnement de travail compréhensif permet :
- De prévenir l’isolement ou le sentiment d’exclusion,
- De faciliter la reprise professionnelle sans pression,
- De maintenir le lien social avec douceur,
- Et de soutenir la reconstruction personnelle dans la durée.
Parce qu’au-delà des politiques RH, ce sont les relations humaines qui font la différence.
Et parfois, un mot juste, une attention discrète, une posture sincère peuvent transformer profondément la manière dont une personne vit son deuil.
Donner des clés aux managers, dirigeants et responsables RH
Les managers et dirigeants ont souvent la volonté d’agir, mais se sentent démunis.
Le manque d’information, la peur de “mal faire” ou de “raviver la douleur” conduisent parfois à l’inaction.
“Que dire ?”
“Comment soutenir sans s’imposer ?”
“Comment accueillir la personne sans maladresse ?”
Il n’existe pas de protocole parfait, mais des repères et une posture d’écoute peuvent tout changer.
Ce qui peut aider
- Reconnaître simplement la perte, avec des mots sincères et mesurés,
- Proposer un espace d’échange sans l’imposer,
- Clarifier les modalités de retour : horaires, télétravail, congés possibles, rythme progressif,
- Informer le reste de l’équipe avec le consentement de la personne concernée,
- Rester présent·e dans la durée, sans forcer les confidences.
Un message quelques semaines plus tard, une attention discrète à une date symbolique, une flexibilité ponctuelle : ces gestes comptent.
Ce qu’il faut éviter
- Minimiser la perte (“Ça arrive souvent…”),
- Relativiser (“Vous en aurez un autre…”),
- Comparer (“Moi aussi j’ai perdu quelqu’un…”),
- Forcer la discussion ou le retour à la normale,
- Éviter complètement le sujet, par peur de déranger.
L’absence de mots peut être perçue comme une forme d’indifférence. Et même si la maladresse fait partie du risque, le silence absolu blesse bien davantage.
En Martinique comme ailleurs : parler, c’est déjà soutenir
Dans nos territoires ultramarins, où les liens communautaires sont forts et la pudeur souvent présente, aborder le deuil périnatal au travail reste un défi.Les représentations autour de la maternité, du corps, de la religion, du rôle social des femmes ajoutent une complexité culturelle qu’il faut accueillir avec délicatesse. À cela s’ajoute la place des hommes, souvent perçus comme ceux qui “doivent être forts”, alors qu’eux aussi portent une douleur profonde, trop souvent tue ou incomprise.
C’est pourquoi il est essentiel de former et sensibiliser les équipes pour apprendre à écouter autrement, avec respect et sans jugement.
Le deuil périnatal n’est pas une “parenthèse” dans la vie d’un salarié. C’est un événement transformateur, qui redéfinit parfois la relation au monde, aux autres et à soi-même. Et le travail, lorsqu’il est bienveillant, peut devenir un pilier de reconstruction, au même titre que la famille ou les amis.
Un atelier pour accompagner les structures et les équipes
Consciente de ce besoin croissant, Zétwal An Syèl propose un atelier de sensibilisation gratuit destiné aux équipes RH, aux managers et aux dirigeants.
Cet atelier vise à :
- Briser le tabou autour du deuil périnatal en milieu professionnel,
- Donner des clés concrètes pour accompagner avec respect et justesse,
- Aider à adopter une posture adaptée, entre écoute et limites professionnelles,
- Favoriser une culture d’entreprise plus humaine, alignée avec les valeurs de bienveillance et d’inclusion.
Loin des théories ou des “protocoles de communication”, cet atelier s’appuie sur des témoignages, des mises en situation et des échanges humains.
Il permet à chacun de repartir avec des outils simples et applicables immédiatement dans son quotidien professionnel.
Parce que la bienveillance n’est pas qu’une valeur affichée sur un mur d’entreprise :
C’est une pratique, une posture, un engagement collectif.
Et parfois, un mot, une attention, un silence respectueux suffisent à faire une immense différence dans le parcours de deuil d’un·e collègue.
Vous souhaitez sensibiliser votre équipe au deuil périnatal ?
Zétwal An Syèl accompagne les structures, institutions et entreprises en Martinique et dans les Outre-mer à travers des ateliers de sensibilisation gratuits. Contactez-nous pour organiser une session au sein de votre établissement : www.zetwalansyel.com ou écrivez-nous à : contact@zetwalansyel.com

